Les députés dénoncent unanimement la manière dont le sauvetage de Chypre a été mené

Patrick Le HyaricPar Patrick Le Hyaric

Mercredi 17 avril, le Parlement a eu un débat sur le « sauvetage » de Chypre.

L’ensemble des députés a dénoncé, l’amateurisme, la cacophonie, et l’absence de transparence qui ont été le fait de la résolution violente de la crise bancaire chypriote.
Ils ont amené à un quasi blocage de l’économie pendant toute la semaine où les Banques chypriotes sont restées fermées du fait de la peur de retraits massifs.
La solution trouvée si elle se limite à taxer les déposants les plus fortunés sur la deuxième banque du pays, Laiki, n’en a pas moins traumatisé les habitants avec la fermeture des banques chypriotes pendant une semaine pour éviter tout retrait massif. En attendant les conclusions de  la mission de la Troika, les chypriotes savent déjà à quoi s’attendre en regardant du côté de leurs voisins grecs dont l’économie s’est contractée de 20% depuis les premières recommandations européennes.

Chypre est pourtant un cas doublement à part: pour des raisons historiques. Après l’invasion turque de 1974 qui fait suite à la tentative de la dictature grecque des colonels d’unifier Chypre à la Grèce, l’économie chypriote est exsangue du fait de la partition de l’île en deux. Pour compenser cette perte là de la moitié du territoire de l’île, l’économie chypriote se tourne alors vers une financiarisation à outrance de son économie.

La conséquence de la financiarisation et de la concurrence fiscale sur laquelle Chypre a joué en maintenant un taux sur les bénéfices des entreprises extrêmement bas (10%) est de faire exploser la taille de son secteur bancaire qui compte pour 8 fois la taille du produit intérieur brut de l’île.

Le cas chypriote, non seulement démontre que l’absence de solidarité européenne à poussé à une dangereuse financiarisation de son économie. En plus, alors que l’île semblait être un des rares vainqueurs de la concurrence fiscale entre Etats, elle n’en a pas moins été emportée par la chute violente de son système financier.
Se pose aussi la question de la pertinence des tests de résilience européens sur les banques qui avaient pourtant accordé un satisfecit à la banque Laiki qui s’est effondrée par la suite.

Mais plus grave encore reste le rôle joué par la BCE qui a menacé de couper les liquidités qu’elle injecte au système bancaire de l’île si les négociations avec le représentant de la zone Euro et du FMI n’étaient pas conclues en une semaine. Cette pression énorme au profit des bailleurs de fonds internationaux démontre que la BCE est prête à faire de la politique lorsqu’il le faut, elle qui se cache derrière son indépendance pour ne pas rendre de compte aux citoyens.
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