Les élections sont-elles un piège à cons  (Mai 68) ?

par Basile Delivorias candidat du Front de Gauche aux élections consulaires

      Réflexions après avoir lu l’article du journaliste Tassos Papas, publié dans le Journal des rédacteurs [Εφημεριδα των Συντακτων ] sur le rôle et la signification des élections pour la Gauche. J’ai ajouté des éléments  pour faire comprendre aux camarades cette discussion cruciale quant aux prochaines élections européennes. Cet article analyse la position du PC grec  très agressif envers Syriza au point de provoquer les applaudissements de l’extrême droite du gouvernement [Adonis Georgiadis, ministre de la santé],

          Un parti de gauche comme le Syriza dont le programme radical revendique la direction d’un pays (la Grèce, en Europe ce n’est pas souvent le cas), est invité à se battre et à affronter la question classique : Est-il possible, à travers des élections ou avec des élections  de changer la société d’une façon radicale ?

         Cette discussion commence, on peut dire, avec l’aphorisme suivant :si les élections pouvaient changer quelque chose, alors elles auraient été interdites depuis longtemps par les capitalistes.

         En continuant la discussion, nous rencontrons le fameux slogan de Mai 68 : Élections = Piège à cons et en remontant dans le temps celui de la IIIe Internationale [Lénine, Trotski, Zinoviev, Staline] : Les travailleurs ne doivent pas se faire d’illusion sur le parlementarisme et pour en finir avec ce point, nous avons la logique social-démocrate qui proclame que la procédure électorale et la représentation au parlement bourgeois sont les principes de base inviolables de la démocratie bourgeoise parlementaire.

          La Gauche radicale contemporaine a pris ses distances par rapport au libéralisme (centre-droite, centre-gauche) qui est réconcilié avec la démocratie défaillanteactuelle où les citoyens sont seulement des électeurs et aussi par rapport au communisme libertaire qui croit qu’on peut changer la société sans prendre le pouvoir, en construisant seulement des îlots par-ci par-là indépendants avec des formes de pouvoir parallèle, et en finir ainsi avec la gauche communiste traditionnelle PCG [stalinienne] qui qualifie les élections comme un moyen d’une importance relative.

         Mais le parti participe aussi à d’autres institutions de l’état bourgeois sans illusion, ayant comme tâche principale son renforcement, pour pouvoir livrerbataille contre le capitalisme quand les conditions seront prêtes et que les masses populaires auront compris qu’il faut se mettre sous la direction du parti pour aller vers le socialisme.

          Pour la Gauche radicale (Syriza) dont le credo est la fameuse phrase de Poulantzas, que « le socialisme sera démocratique ou n’existera pas », l’approbation et le consentement de la société qui va sortir des urnes, comme aussi l’existence et la présence de forts mouvements de revendications qui auront un rôle actif dans la formation de la politique centrale sont des conditions sine qua non pour réussir une stratégie de rupture avec les structures capitalistes existantes et les mentalités dominantes. Cette association est, bien sûr, difficile, mais elle est indispensable.

         Les partis radicaux de gauche, qui vont assumer des responsabilités gouvernementales dans des conditions très difficiles étant donnée la crise profonde traverse l’économie en ruines, et qui rend le capitalisme très agressif (voir les événements en Ukraine), risquent de tomber dans un réformisme légalisé, (voir Chili Allende), conduisant soit à un coup d’État par des forces réactionnaires comme en Chili ou en Grèce en 1967, soit à une incorporation dans le système capitaliste ou dans un culte du volontarisme qui mène tout droit aux défaites écrasantes des partis communistes et de la gauche dans son ensemble.

          Une réponse à ce problème très complexe et dangereux pourrait être l’attente comme le prône le PC grec. Attendre jusqu’au moment où les conditions sociales seront prêtes et pendant ce temps, s’organiser, s’armer idéologiquement pour pouvoir affronter le moment crucial de la prise du pouvoir.

          Le penseur français Alain Badiou, très populaire en Grèce,  soutient avec beaucoup de force on peut dire cette idée : « Il est indispensable, absolument indispensable de s’éloigner pendant une grande période de toute condescendance envers le pouvoir d’état, comme aussi de tout triomphalisme  qui se lie avec le culte du mouvement populaire. » Ce qui compte, c’est de travailler pour tisser des conditions, des conventions qui organisent la rencontre entre les masses populaires telles qu’elles sont aujourd’hui et l’idée communiste telle qu’elle était selon les intellectuels communistes.

                 Si on accepte cette logique qui est d’ailleurs la logique du PC et aussi de la gauche extra-parlementaire avec des variations, bien sûr, alors les travailleurs, les couches populaires écrasées par la crise économique n’ont rien à attendre d’une victoire de la gauche radicale c’est-à-dire de Syriza, pour leurs intérêts ou seulement une amélioration insignifiante au mieux, de leur situation économique. Alors il vaut mieux renforcer le PC ou les ultras révolutionnaires pour se préparer à la prise du pouvoir et au le socialisme.

          Par conséquent jusqu’au moment où le parti communiste se rencontrera avec les masses populaires et jusqu’au moment où les intellectuels de gauche élaboreront une nouvelle idée communiste [évidemment, parce que le régime stalinien a étécatastrophique pour les sociétés qui l’ont subi et aussi car l’idéal communiste a perdu sa force attractive, donc la classe ouvrière et ses alliés doivent attendre et résister, bien sûr, mais il faut attendre]…

          Cependant jusqu’à ce qu’on arrive à cet heureux résultat, les partis politiques du système capitaliste que ce soit le centre-droite, le centre-gauche, ladroite pure ou l’extrême droite, continuent à détruire des sections et des secteurs entiers de la production affirmant qu’ils ne sont pas rentables. Ils annulent une par une toutes les conquêtes du mouvement ouvrier, ils organisent tous les mécanismes de redistribution des revenus en transférant la richesse aux plus forts, ils réduisent les dépenses publiques, ils détruisent l’état le tissu social, ils sauvent les banques et les entreprises de pointe ruinées par eux avec de l’argent public, ils élargissent le travail précaire et mal payé, ils imposent la peur et la morale de culpabilisation (« nous sommes tous corrompus, nous avons tous mangé ensemble l’argent public » dixit le ministre grec ora Pagalos), ils renforcent la répression au nom de la sécurité et de la stabilité politique, ils produisent des hommes endettés et désespérés, ils abrutissent les masses populaires à travers des mécanismes idéologiques basés sur l’industrie des media qu’ils contrôlent totalement.

          On pourrait dire que plus on fait de la répression mieux ce sera pour le mouvement parce que ainsi les masses pourront comprendre plus vite et réagir massivement.

         Nous savons tous très bien que les choses ne se développent pas comme nous l’imaginons, elles peuvent être pire que ça : si on considère l’Ukraine, il faut se souvenir  que la IIe guerre mondiale a commencé avec la victoire aux élections des fascistes de Hitler en Allemagne.

         Moins de démocratie et plus de répression avec peut-être le terrorisme comme prétexte sont toujours les objectifs du libéralisme contemporain. Pour vaincre le libéralisme, forme politique privilégiée du capitalisme contemporain dirigeant l’Europe depuis très longtemps, lui opposer une résistance forte et héroïque ne suffit pas, il faut aussi des victoires électorales pour l’affaiblir et pour pouvoir mener  des batailles sur des nouvelles positions car pour gagner la guerre contre le capitalisme il faut gagner plusieurs batailles auparavant.

         L’ère des révolutions comme la révolution d’Octobre ou la Commune de Paris ou la LongueMarche de Mao Tse Toung est passée. Nous sommes aujourd’hui dans des conditions nouvelles où l’effondrement du camp socialiste et du fascisme stalinien ont marqué pour longtemps notre époque. Je crois que la lutte pour le socialisme passe à travers la lutte pour la démocratie. La bataille contre l’austérité imposée par les employés du grand capital banquier, que ce soit Merckel, Hollande, Obama, Rentsi etc… doit être  une bataille pour la démocratie, une bataille pour le socialisme, une bataille pour renverser le capitalisme et sauver ainsi l’Humanité et la planète de la catastrophe qui arrive au galop.

          Il faut absolument que tous et toutes nous participions aux élections et que nous fassions participer tous ceuxqui hésitent, car c’est une bataille très décisive pour notre avenir et pour l’avenir de nos enfants.

            Votez Front de Gauche,  votez Syriza

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