A Roma. Ecosocialismo : un manifesto per il Mare Nostrum

Les petits poissons rougesManifesto RomaJ’étais ce début de semaine à Rome, à moins de deux semaines du scrutin des législatives partielles, pour soutenir nos candidats du Front de Gauche aux élections législatives partielles. J’espère avoir le temps d’y revenir plus longuement ici, tant c’était riche et tant cette ville et les rencontres avec la Constituante des biens communs au théâtre occupé Valle et le centre social autogéré SCUP, m’ont marquée… Mardi soir, en plus de mon camarades du PG candidat suppléant Guillaume Mariel, j’étais accompagnée de Roberto Musacchio, ex eurodéputé de Rifondazione et de l’écrivain Giuseppe di Marzo, tous deux enthousiasmés par leur lecture du Manifeste et volontaires pour participer à un réseau international écosocialiste.

… Un plaisir, d’autant que cette 8e circonscription, de la Grèce à l’Italie en passant par Israël, Chypre, Malte et la Turquie, est en première ligne. L’Europe du Sud est devenue un vrai laboratoire de l’austérité, de la confiscation de la souveraineté populaire et de la dépolitisation de la vie publique. Le gouvernement grec tente de remplir ses caisses avec tout ce qui peut se vendre, laissant des fonds qataris investir massivement dans ses mines d’or et ses banques, ouvrant le capital de ses ports à des investisseurs chinois, laissant brader jusqu’à ses îles, dont 6 viennent d’être vendues à l’émir du Qatar pour quelques millions d’euro. Quant à l’Italie, c’est un pays où l’on a vu un Premier ministre être directement nommé par la Commission européenne, un pays où les médias conditionnent la politique depuis plus de 20 ans, où un milliardaire a été élu chef de gouvernement alors qu’il possédait la totalité des chaînes nationales de télévision privée, un pays où selon l’OCDE les déchets augmentent plus vite que le PIB, et qui détient des records de pollution : parmi les 30 villes les plus polluées d’Europe, 15 se trouvent en Italie. Mais c’est aussi ici, en Italie, que le 13 juin 2011, les Italiens ont voté massivement pour refuser la privatisation de la gestion de l’eau. Dans chaque région, chaque province, chaque ville, des comités de citoyens se sont organisés pour récolter les 500.000 signatures nécessaires. En moins de 3 mois, ils ont recueilli 1,4 millions de signatures. Et 57 % des Italiens ont voté ! Ce n’était pas arrivé à un référendum depuis 1995, et 95% des votants se sont exprimés pour l’eau publique et contre les profits sur ce bien commun. Moi je vous le dis, il y a là des graines d’écosocialisme qui ne demandent qu’à fleurir…

Je suis allée à Rome témoigner auprès de nos amis italiens et des français installés là bas, de deux choses qui me paraissent essentielles. D’abord que nous sommes et serons toujours aux côtés de tous les peuples de la Méditerranée, dans leur combat pour une gestion démocratique des ressources face à une troïka (FMI, Banque mondiale, Commission européenne) qui décide et ordonne, face à des gouvernements qui leur sont aliénés, et acceptent de voir leurs peuples éreintés, et leurs écosystèmes saccagés. La Méditerranée, Mare Nostrum, ce formidable écosystème que nous avons en commun, est hélas bien mal en point : surpêche, résidus de médicaments, déchets de matières plastiques, polluants organiques… Selon un rapport de 2011, le « point de non-retour » n’est pas loin. Or l’eau de cette mer semi-fermée met un siècle à se renouveler, et les stations d’épuration sont à l’évidence en nombre insuffisant. Au nord de la Méditerranée, 89 % des villes de plus de 10.000 habitants ont un réseau d’épuration, au sud ce pourcentage n’est que de 56 %. Plus généralement, les politiques et les moyens divergent très largement entre les pays du pourtour méditerranéen et nécessitent une coopération internationale pour sauver cet écosystème qui est aussi un espace commun de développement économique et une communauté de destin humain. Voilà un domaine pratique d’application concrète d’une alternative écosocialiste qui permettrait tout à la fois de relancer l’activité maritime et portuaire, de développer les services publics d’assainissement et de nouvelles formes d’énergie renouvelables, tout en préservant notre environnement !

Car le deuxième message que je souhaitais délivrer c’est ça : aujourd’hui il existe une alternative. On nous répète à longueur de médias qu’il n’y a pas le choix, que la crise est là et que l’austérité la seule voie. A l’évidence, Margareth Thatcher est morte, mais le fameux « TINA » lui survit et c’est hélas le même refrain de Chypre à Madrid, de Lisbonne à Athènes, et chez tous les libéraux de droite comme de gauche. Suppression des postes de fonctionnaires en Angleterre, fin de l’aide aux chômeurs longue durée en Espagne, baisse du revenu minimum d’insertion au Portugal et report de l’âge de départ à la retraite partout… Chez nous en France, le chômage bat des records sur 21 mois consécutifs, et le gouvernement mené par le PS entérine le traité européen « Merkozy », offre 20 milliards de crédit d’impôt compétitivité aux entreprises sans contrepartie et maintenant annonce encore plus de privatisations chez EDF et GDF, en plein débat national sur la transition énergétique !

Il fait trois fois pire que Fillon et Sarkozy qui en deux plans d’austérité avaient fait 19 milliards de coupes, François Hollande lui en est déjà à 37 milliards de coupes dans le budget 2013, et un 2e plan dit de compétitivité va être appliqué à partir de 2014 qui doit porter à 60 milliards les coupes dans les dépenses publiques d’ici 2017. Jusqu’ici c’étaient les pays du Sud qui subissaient les assauts libéraux de la part du FMI, de l’OMC ou de la Banque Mondiale. Désormais plus personne n’y échappe. Les différents plans d’austérité, sous l’injonction de réduction des déficits publics, se conjuguent avec les attaques répétées de l’Union européenne contre les services publics, vus comme d’affreux monopoles en contradiction avec la sacro-sainte « concurrence libre et non faussée ». Résultat : ouverture à la concurrence et privatisation de services fondamentaux comme l’énergie, le rail ou encore la formation et la santé. Dégradation des conditions de travail, abandon des missions non rentables, hausse des tarifs et recherche du moins disant social et environnemental. Car si la directive Bolkestein a été repoussée, la directive Services, elle, est bien là ! Nos services publics sont peu à peu pervertis en services d’ « intérêt économique général » pouvant être confiés à des opérateurs privés. Or un opérateur privé, dans un système économique capitaliste, n’est pas là pour défendre l’intérêt général. Il est là pour faire des profits. Mais l’éducation, la santé, l’énergie ou l’eau ne sont pas des marchandises comme les autres !

Einstein disait : « On ne résout pas les problèmes avec les modes de pensée qui les ont engendrés ». Alors soyons radicaux, au sens d’aller à la racine des causes : crise sociale et urgence écologique ont toutes deux pour origine la recherche de profits qui prime sur le reste, une économie du « produire pour produire » qui en oublie les besoins humains. En trois mots, le capitalisme, le productivisme et la mondialisation financière. Nous avons fait beaucoup, à gauche, en matière d’analyse du système, je n’y reviendrai pas. Car certes, nous sommes anticapitalistes, antiproductivistes et altermondialistes. Nous avons, par nos prises de position et notre présence dans les luttes, prouvé notre détermination à ne pas courber l’échine et à être du côté de celles et ceux qui résistent. Mais rompre avec le système implique également de provoquer un élan populaire autour d’un nouveau projet mobilisateur fait d’espoir, de bien vivre et de jours heureux : l’écosocialisme.

Il est temps de proposer une nouvelle synthèse à gauche en tirant les leçons des échecs du passé et en intégrant les nouveaux défis du présent. Le socialisme a ignoré la dimension écologique de son projet d’émancipation et n’a pas vu que la finitude des ressources naturelles nous menait doit dans le mur. Et l’écologie de son côté a eu un peu trop tendance à oublier l’analyse économique du système et à regarder de loin les luttes sociales. Notre écosocialisme à nous se fonde sur l’écologie politique et le refus du capitalisme vert, le lien systématique entre luttes sociales et environnementales, c’est le mariage entre un socialisme débarrassé du productivisme et une écologie farouchement anticapitaliste. Et ce n’est pas un à-côté de nos politiques. Car il en va des conditions même de la vie humaine sur Terre. Dérèglement climatique, perte de biodiversité, pollution de l’air, de l’eau et des sols, épuisement des ressources naturelles… Nous ne devons jamais oublier que nous n’avons qu’une seule biosphère, qui ne connaît pas de frontières.

Alors par delà les frontières, notre Manifeste va être ou est déjà traduit en espagnol, grec, italien, anglais, allemand, portugais, polonais, arabe et japonais et nous allons bientôt pouvoir l’adresser à tous nos partis frères, partout dans le monde… Et après Rabat, Tunis et Rome, continuer à aller le présenter et débattre tout autour de la Mer Méditerranée 🙂

L’article complet sur le blog de Corinne Morel Darleux se trouve ici.

Assemblée Citoyenne Écosocialiste à Rome le 14 mai

En quoi la perspective écosocialiste permet-elle une sortie de crise par le haut et à gauche, en privilégiant une approche combinée socio-environnementale ? 
Assemblée Citoyenne écosocialiste à Rome

En présence de : 

congres_pg_corinneCorinne Morel Darleux, Secretaire Nationale à l’écologie du Parti de Gauche

Giuseppe De Marzo, auteur de l’ouvrage Bien vivre, pour une nouvelle démocratie de la terre
Roberto Musacchio, ancien député européen
Guillaume Mariel, candidat suppléant de Michèle Parravicini pour le Front de Gauche dans la législative partielle du 26 mai de la 8ème circonscription de l’étranger.Lieu : Centro Scup, via Nola, 5, Rome à 18h30