2e rencontre Front de Gauche pour les Consulaires

100_1982Nous avons choisi le Parnès, comme lieu de rencontre, symboliquement : dans ce cadre merveilleux, si proche d’Athènes, parc national depuis 1961. Sa magnifique forêt a été ravagée à 80% par un terrible incendie en 2007, dont l’origine était criminelle. Les arbres restants souffrent de la pollution régnant à Athènes.

Nous avons choisi ce cadre pour montrer notre inquiétude : l’écologie semble inconciliable avec le capitalisme, dont les modes de production sont uniquement guidés par la recherche du profit et la valeur d’échange, ce qui implique l’incapacité de prendre en compte la destruction de l’environnement  car cet environnement  n’a pas de valeur d’échange pour lui.

Nous nous battons pour l’éco socialisme,  alternative concrète et radicale. C’est une réponse humaine raisonnée à la double impasse dans laquelle est enfermée dorénavant l’humanité en raison des modes de production et de consommation de notre temps qui épuisent l’être humain et l’environnement.

L’éco socialisme  appelle une pensée et une action politique radicale, au sens où elle doit aller à la racine des causes. Nous combattons donc les deux moteurs du système actuel : le capitalisme et le productivisme. Le capitalisme impose la marchandisation pour faire de toute chose une nouvelle source de dividendes,  responsable du creusement des inégalités sociales et de la mondialisation à l’œuvre, libérale et liberticide, où règne le dumping social et environnemental avec la délocalisation des pollutions et des altérations de l’écosystème. Le productivisme épuise les ressources naturelles et perturbe le climat.

L’éco socialisme est une alternative pour sortir de la crise et imposer l’intérêt général humain : partager les richesses sans attendre, fonder une nouvelle économie des besoins et de la sobriété, préserver le climat, l’écosystème et sa biodiversité.

Publicités

Israël, une situation écologique inquiétante

Le rapport de l’Union pour la Protection de l’Environnement, une ONG israélienne, dénonce une pollution de l’air sans précédent dans la baie de Haïfa, sur le secteur industriel de Ramat Hovav, du fait de l’émission de produits cancérigènes par les industries pétrochimiques.

Malgré les efforts développés dans le domaine de la gestion de l’eau pour l’économiser – grâce à la technologie d’irrigation au goutte à goutte, avec pour objectif de faire reverdir le désert à des fins d’agriculture – le pays manque cruellement d’eau :  les nappes phréatiques sont épuisées et le Jourdain n’est plus qu’un mince filet d’eau polluée. De 1,3 milliard de m3 par an, son débit est tombé aujourd’hui à seulement 70.000 m3 ! Le sel utilisé pour préparer la viande kascher finit à la décharge, polluant le sol et les nappes phréatiques. Le lac de Tibériade, le grand réservoir d’eau potable d’Israël, est contaminé par les engrais et par les égouts.

La Méditerranée, ici comme ailleurs, est en danger : le trafic maritime à l’origine de rejets d’hydrocarbures, la surpêche qui épuise la flore et la faune marines, le littoral bétonné… tous ces paramètres accroissent la pression sur la mer qui   devient une véritable poubelle. La dette écologique qui se creuse alors que l’on ne pense qu’à obtempérer aveuglément aux injonctions de la finance, menace la sécurité économique d’Israël et sa capacité à garantir le bien-être de ses citoyens.

Eilat Terminal Pétrolier

Eilat Terminal Pétrolier

« La Terre se meurt sous les coups des hommes de l’affairisme agricole qui partout poursuivent leur funeste besogne consistant à entreprendre, à fabriquer, à façonner, à former, à normaliser, à produire, à amasser, à posséder, à instituer. » Michel Tarrier, écologue.

Les trois quarts des Israéliens sont conscients que les questions environnementales sont cruciales pour leur survie et celle de leurs enfants : on se souvient des marches de juillet 2012 pour sauver l’environnement des plages.

Pour tous les électeurs qui refusent de se résigner et pensent qu’il faut  donner la priorité aux peuples et à la nature, le Front de Gauche exigera que partout soit appliqué l’Agenda 21, ce programme d’actions adopté par 173 pays au Sommet de Rio et qui vise à l’amélioration de la qualité de vie des habitants ainsi qu’à l’économie des ressources naturelles. Il exigera aussi que soient créés dans les ambassades des postes de Conseillers à l’écologie et au développement durable, dont la mission sera de promouvoir des politiques bilatérales, en particulier dans le cadre euro-méditerranéen.

En Grèce, on brade tout pour rien

Dans ce fameux laboratoire de l’austérité européenne, en Grèce, on teste toutes sortes d’expériences ; la  destruction de la société s’accompagne d’une destruction de la nature.
La Grèce perd jour après jour, une partie de sa souveraineté, de son indépendance, et devient une colonie où  la nature se transforme en un nouvel espace d’investissement pour des capitalistes étrangers avides d’accroître leurs profits.
Le gouvernement soutenu par la Troïka met en danger l’environnement, la santé du peuple grec par des  mesures dont les conséquences s’avèrent déjà catastrophiques
Diminution drastique des budgets alloués aux agences de gestion des zones protégées : les budgets de la « caisse verte» créée en 2010 ont été détournés à plus de 95%  pour  contribuer au remboursement de la dette.
Abandon des dispositions législatives et réglementaires qui protégeaient  de la surexploitation des ressources naturelles
Modification de la constitution grecque qui interdisait l’exploitation privée du littoral et des espaces forestiers
Les forêts, le littoral, les ressources naturelles étaient publics !
On assiste actuellement à des vagues de privatisations, de mises en concessions de la gestion de l’eau et des déchets, des ressources minières. Le littoral, la mer, les forêts, les îles, les monuments archéologiques et  les ports sont aussi à vendre aux moins offrants.
Deux exemples parmi tant d’autres :
– Une partie de la colline de l’Acropole a  été vendue pour y bâtir des logements touristiques, projets inutiles pour les populations et contraire aux plans d’urbanisme … renouant ainsi avec la folie de destruction de l’ancien tissu urbain et de constructions  désordonnées des années soixante dix.
– Lors de son déplacement en Grèce en février 2013, François Hollande et Andreas Samaras, 1er ministre grec, ont appelé les entreprises françaises à investir dans la terre et l’eau. Ainsi  « dès lors que des appels d’offre seront lancés, les entreprises françaises doivent être présentes » a insisté François Hollande, mettant en avant leur savoir-faire dans le domaine « de l’énergie, de la gestion de l’eau, des transports et chemins de fer », soit autant de secteurs où d’importantes sociétés  publiques doivent être cédées.Les conséquences sur l’environnement de ces dérégulations et de ces ouvertures de marché :

Les forêts qui ne sont plus protégées subissent les politiques de privatisation. Elles sont surexploitées de façon désordonnées afin de satisfaire la demande croissante en bois de chauffage, et enrichir quelques intermédiaires.
Des projets colossaux sont prévus pour développer les énergies renouvelables industrielles  qui vont détruire des environnements jusque-là protégés de la Grèce : les îles, en particulier la Crète. Mais une  partie de cette énergie sera envoyée vers l’Allemagne qui, ainsi diminuera indirectement son empreinte écologique, sa taxe carbone… !
Il a même été question d’exploiter d’hypothétiques nappes de pétrole en mer Egée.
L’exploitation des mines d’or par des compagnies étrangères dans la région de Skouries, à Kilkis mettent en grand danger :
– les forêts vieilles de 2 500 ans où sont situées ces mines,
– les nappes phréatiques, l’air qui déjà sont  polluées par les métaux lourds, le souffre, le mercure, le plomb, le cadmium,
– les équilibres micro-économique, écologique  et touristique de la région et de ses habitants.
Nephos, toujours plus ! 

Dans le ciel d’Athènes et Thessalonique plane un nuage de pollution : les grecs devenus trop pauvres pour se chauffer au fioul qui a augmenté de  40% en 2012, brûlent tout : bouts d’arbres coupés à la sauvette, « l’arbre de Socrate »,  vieux meubles chargés de produits chimiques… Les taux de pollution atmosphérique sont redevenus supérieurs aux seuils admis par l’OMS. Nous constatons déjà une augmentation des maladies respiratoires, ophtalmiques…
Biodiversité en danger 

Le littoral grec représente le quart des côtes méditerranéennes européennes. On ne peut que s’inquiéter des conséquences désastreuses de ces surexploitations touristiques, industrielles, sur ce haut lieu de biodiversité. Le bétonnage du littoral va accroître la pression sur la mer.
 
En Grèce on brade tout pour rien : au nom de la dette, on sacrifie la société, l’âme,  le territoire, les services publics, la nature grecs. Ces mesures macabres se poursuivront-elle?
Le destin de la Grèce est aussi le destin de l’Europe. Une Europe de l’oligarchie, anti-démocratique, installant  un colonialisme énergétique et foncier au XXIe siècle où la prise de décision est édictée par les lobbies.
Mais il faudra compter sur les mouvements citoyens qui manifestent, qui résistent à ces tentatives de destruction!
Le Front de Gauche se bat à leurs côtés pour que les écosystèmes ne soient plus détruits  au nom du seul profit libéral, pour qu’un plan de préservation de la Méditerranée soit enfin créé !

A Roma. Ecosocialismo : un manifesto per il Mare Nostrum

Les petits poissons rougesManifesto RomaJ’étais ce début de semaine à Rome, à moins de deux semaines du scrutin des législatives partielles, pour soutenir nos candidats du Front de Gauche aux élections législatives partielles. J’espère avoir le temps d’y revenir plus longuement ici, tant c’était riche et tant cette ville et les rencontres avec la Constituante des biens communs au théâtre occupé Valle et le centre social autogéré SCUP, m’ont marquée… Mardi soir, en plus de mon camarades du PG candidat suppléant Guillaume Mariel, j’étais accompagnée de Roberto Musacchio, ex eurodéputé de Rifondazione et de l’écrivain Giuseppe di Marzo, tous deux enthousiasmés par leur lecture du Manifeste et volontaires pour participer à un réseau international écosocialiste.

… Un plaisir, d’autant que cette 8e circonscription, de la Grèce à l’Italie en passant par Israël, Chypre, Malte et la Turquie, est en première ligne. L’Europe du Sud est devenue un vrai laboratoire de l’austérité, de la confiscation de la souveraineté populaire et de la dépolitisation de la vie publique. Le gouvernement grec tente de remplir ses caisses avec tout ce qui peut se vendre, laissant des fonds qataris investir massivement dans ses mines d’or et ses banques, ouvrant le capital de ses ports à des investisseurs chinois, laissant brader jusqu’à ses îles, dont 6 viennent d’être vendues à l’émir du Qatar pour quelques millions d’euro. Quant à l’Italie, c’est un pays où l’on a vu un Premier ministre être directement nommé par la Commission européenne, un pays où les médias conditionnent la politique depuis plus de 20 ans, où un milliardaire a été élu chef de gouvernement alors qu’il possédait la totalité des chaînes nationales de télévision privée, un pays où selon l’OCDE les déchets augmentent plus vite que le PIB, et qui détient des records de pollution : parmi les 30 villes les plus polluées d’Europe, 15 se trouvent en Italie. Mais c’est aussi ici, en Italie, que le 13 juin 2011, les Italiens ont voté massivement pour refuser la privatisation de la gestion de l’eau. Dans chaque région, chaque province, chaque ville, des comités de citoyens se sont organisés pour récolter les 500.000 signatures nécessaires. En moins de 3 mois, ils ont recueilli 1,4 millions de signatures. Et 57 % des Italiens ont voté ! Ce n’était pas arrivé à un référendum depuis 1995, et 95% des votants se sont exprimés pour l’eau publique et contre les profits sur ce bien commun. Moi je vous le dis, il y a là des graines d’écosocialisme qui ne demandent qu’à fleurir…

Je suis allée à Rome témoigner auprès de nos amis italiens et des français installés là bas, de deux choses qui me paraissent essentielles. D’abord que nous sommes et serons toujours aux côtés de tous les peuples de la Méditerranée, dans leur combat pour une gestion démocratique des ressources face à une troïka (FMI, Banque mondiale, Commission européenne) qui décide et ordonne, face à des gouvernements qui leur sont aliénés, et acceptent de voir leurs peuples éreintés, et leurs écosystèmes saccagés. La Méditerranée, Mare Nostrum, ce formidable écosystème que nous avons en commun, est hélas bien mal en point : surpêche, résidus de médicaments, déchets de matières plastiques, polluants organiques… Selon un rapport de 2011, le « point de non-retour » n’est pas loin. Or l’eau de cette mer semi-fermée met un siècle à se renouveler, et les stations d’épuration sont à l’évidence en nombre insuffisant. Au nord de la Méditerranée, 89 % des villes de plus de 10.000 habitants ont un réseau d’épuration, au sud ce pourcentage n’est que de 56 %. Plus généralement, les politiques et les moyens divergent très largement entre les pays du pourtour méditerranéen et nécessitent une coopération internationale pour sauver cet écosystème qui est aussi un espace commun de développement économique et une communauté de destin humain. Voilà un domaine pratique d’application concrète d’une alternative écosocialiste qui permettrait tout à la fois de relancer l’activité maritime et portuaire, de développer les services publics d’assainissement et de nouvelles formes d’énergie renouvelables, tout en préservant notre environnement !

Car le deuxième message que je souhaitais délivrer c’est ça : aujourd’hui il existe une alternative. On nous répète à longueur de médias qu’il n’y a pas le choix, que la crise est là et que l’austérité la seule voie. A l’évidence, Margareth Thatcher est morte, mais le fameux « TINA » lui survit et c’est hélas le même refrain de Chypre à Madrid, de Lisbonne à Athènes, et chez tous les libéraux de droite comme de gauche. Suppression des postes de fonctionnaires en Angleterre, fin de l’aide aux chômeurs longue durée en Espagne, baisse du revenu minimum d’insertion au Portugal et report de l’âge de départ à la retraite partout… Chez nous en France, le chômage bat des records sur 21 mois consécutifs, et le gouvernement mené par le PS entérine le traité européen « Merkozy », offre 20 milliards de crédit d’impôt compétitivité aux entreprises sans contrepartie et maintenant annonce encore plus de privatisations chez EDF et GDF, en plein débat national sur la transition énergétique !

Il fait trois fois pire que Fillon et Sarkozy qui en deux plans d’austérité avaient fait 19 milliards de coupes, François Hollande lui en est déjà à 37 milliards de coupes dans le budget 2013, et un 2e plan dit de compétitivité va être appliqué à partir de 2014 qui doit porter à 60 milliards les coupes dans les dépenses publiques d’ici 2017. Jusqu’ici c’étaient les pays du Sud qui subissaient les assauts libéraux de la part du FMI, de l’OMC ou de la Banque Mondiale. Désormais plus personne n’y échappe. Les différents plans d’austérité, sous l’injonction de réduction des déficits publics, se conjuguent avec les attaques répétées de l’Union européenne contre les services publics, vus comme d’affreux monopoles en contradiction avec la sacro-sainte « concurrence libre et non faussée ». Résultat : ouverture à la concurrence et privatisation de services fondamentaux comme l’énergie, le rail ou encore la formation et la santé. Dégradation des conditions de travail, abandon des missions non rentables, hausse des tarifs et recherche du moins disant social et environnemental. Car si la directive Bolkestein a été repoussée, la directive Services, elle, est bien là ! Nos services publics sont peu à peu pervertis en services d’ « intérêt économique général » pouvant être confiés à des opérateurs privés. Or un opérateur privé, dans un système économique capitaliste, n’est pas là pour défendre l’intérêt général. Il est là pour faire des profits. Mais l’éducation, la santé, l’énergie ou l’eau ne sont pas des marchandises comme les autres !

Einstein disait : « On ne résout pas les problèmes avec les modes de pensée qui les ont engendrés ». Alors soyons radicaux, au sens d’aller à la racine des causes : crise sociale et urgence écologique ont toutes deux pour origine la recherche de profits qui prime sur le reste, une économie du « produire pour produire » qui en oublie les besoins humains. En trois mots, le capitalisme, le productivisme et la mondialisation financière. Nous avons fait beaucoup, à gauche, en matière d’analyse du système, je n’y reviendrai pas. Car certes, nous sommes anticapitalistes, antiproductivistes et altermondialistes. Nous avons, par nos prises de position et notre présence dans les luttes, prouvé notre détermination à ne pas courber l’échine et à être du côté de celles et ceux qui résistent. Mais rompre avec le système implique également de provoquer un élan populaire autour d’un nouveau projet mobilisateur fait d’espoir, de bien vivre et de jours heureux : l’écosocialisme.

Il est temps de proposer une nouvelle synthèse à gauche en tirant les leçons des échecs du passé et en intégrant les nouveaux défis du présent. Le socialisme a ignoré la dimension écologique de son projet d’émancipation et n’a pas vu que la finitude des ressources naturelles nous menait doit dans le mur. Et l’écologie de son côté a eu un peu trop tendance à oublier l’analyse économique du système et à regarder de loin les luttes sociales. Notre écosocialisme à nous se fonde sur l’écologie politique et le refus du capitalisme vert, le lien systématique entre luttes sociales et environnementales, c’est le mariage entre un socialisme débarrassé du productivisme et une écologie farouchement anticapitaliste. Et ce n’est pas un à-côté de nos politiques. Car il en va des conditions même de la vie humaine sur Terre. Dérèglement climatique, perte de biodiversité, pollution de l’air, de l’eau et des sols, épuisement des ressources naturelles… Nous ne devons jamais oublier que nous n’avons qu’une seule biosphère, qui ne connaît pas de frontières.

Alors par delà les frontières, notre Manifeste va être ou est déjà traduit en espagnol, grec, italien, anglais, allemand, portugais, polonais, arabe et japonais et nous allons bientôt pouvoir l’adresser à tous nos partis frères, partout dans le monde… Et après Rabat, Tunis et Rome, continuer à aller le présenter et débattre tout autour de la Mer Méditerranée 🙂

L’article complet sur le blog de Corinne Morel Darleux se trouve ici.