INTERVIEW réalisée : le FLAM de PATRAS

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Comment avez-vous créé le programme FLAM à Patras ? Depuis quand ?

Dans la région de Patras, 3ème ville de Grèce par sa population, l’enseignement du Français Langue Μaternelle a été assuré pour beaucoup par des cours particuliers individuels, avec pourtant de nombreuses tentatives d’organisation sous forme d’association francophone. Il est certain que c’est un atout indéniable de former les enfants binationaux au FLM, c’est pour cela que leur famille est en droit d’exiger des conditions d’apprentissage de qualité digne d’une école française de la capitale du pays.

L’émergence en 2009 de l’Association Francophone d’Achaïe est due tout d’abord au souci commun de parents francophones de la région d’être véritablement soutenus dans l’apprentissage de la langue et la culture française à leurs enfants et sans oublier au soutien immédiat du consul honoraire de Patras, Mme Deftereou avocate de métier.

En partant à la recherche de relais officiels, les membres de l’AFA se sont tournés vers l’Institut français d’Athènes et le Service de coopération et d’action culturelle (SCAC)  de l’Ambassade de France en Grèce. Dans le cadre d’une convention de partenariat avec l’AFA, ils apportent tout leur soutien au développement de l’association et ainsi qu’à la mise en place du Programme FLAM à Patras dès l’année scolaire 2009-2010. Ce soutien se concrétise notamment par la mise à disposition des locaux et des équipements de l’annexe de l’Institut français de Grèce à Patras grâce au relais de sa directrice.

Le Programme FLAM est un programme de consolidation du Français langue maternelle du Ministère français des Affaires étrangères, géré et cofinancé par l’AEFE, l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger. Il permet d’apporter un soutien à la mise en place d’initiatives extrascolaires (cours de langue et autres activités culturelles) à travers une association à but non lucratif notamment, visant à favoriser la pratique de la langue française chez des enfants francophones (de nationalité française ou autre) scolarisés localement, dans une autre langue. Il s’adresse aussi bien à des familles binationales établies de manière pérenne dans le pays concerné qu’à des personnels détachés pour une expatriation temporaire, notamment en cas d’absence d’établissement scolaire à programme en langue française, homologué ou non. Les associations candidates doivent être distinctes de toute association de Français de l’étranger à vocation générale, qu’elle soit affiliée ou non à une fédération reconnue d’utilité publique.Les instituts français, centres culturels français, alliances françaises, établissements d’enseignement français à l’étranger peuvent être des opérateurs, des points d’appui ou des établissements d’accueil d’une opération FLAM.

Comment est-il organisé ? Combien d’enfants sont concernés ?

Les activités  sont organisées pour un effectif minimum de 10 élèves français (dont binationaux) auxquels peuvent se joindre des élèves d’une autre nationalité. Les enfants francophones en âge préscolaire et scolaire de 5 ans à 15 ans sont groupés par niveau à raison de 2h30 par semaine, excepté pour un cours particulier du niveau CE2-CM1, 2h00. Les cours sont dispensés par un enseignant de langue maternelle française dont  la  candidature a été sélectionnée par l’Association et avalisée par le Service de Coopération Culturelle de l’Ambassade de France. L’objectif de ces cours est non seulement de consolider les connaissances de la langue, mais aussi de créer une culture générale française autour de thèmes aussi variés que l’histoire, la géographie, les sciences, etc…

Les bénéficiaires sont les 24 élèves concernés du programme (2013/2014) dont 13 élèves pris en compte pour le financement  (binationaux, âgés de 5 à 16 ans). Ils sont repartis en 5 groupes de la grande maternelle au niveau 4ème de Collège. Les diplômes du DELF sont proposés, uniquement si les parents le souhaitent.Le nombre total d’heures sur l’année enseignées est de 403h /an, soit 13h par semaine sur 31 semaines.

L’AFA organise également des cours-ateliers  encadrés par un enseignant de langue maternelle française pour les petits francophones entre 2 et 5 ans. L’objectif de ces cours est de consolider les connaissances des tout petits de façon ludique, véritable tremplin pour intégrer les cours du programme FLAM.

Quelles difficultés avez-vous rencontrées ?

Les parents qui ne sont absolument pas en mesure de payer plus, voire de payer tout court. Les difficultés àassurer les paiements en temps et en heure crée des problèmes de trésorerie pour le paiement des enseignants.

Avez-vous des aides, des subventions ?

Oui, à partir de l’année scolaire 2010-2011 nous avons obtenus une aide financière, puisque sur demande, le programme FLAM prévoit un cofinancement par l’AEFE, l’Agence pour l’Enseignement du Français à l’étranger (sous tutelle du Ministère français des affaires étrangères) qui ne peut dépasser 50% du coût total du budget prévu pour la période annuelle. Cette aide financière vise avant tout à aider les associations au montage du projet. Aussi, ce soutien financier décroit-il réduit à mesure que croit la pérennisation des activités, sans aller au-delà de cinq ans.

Quel est le prix payé par les familles ?

Dans la région d’Achaïe, les retombées des mutations économiques et sociales sont immédiates pour les membres de l’AFA, au même titre que n’importe quel citoyen grec. Ainsi, nombre d’entre eux ont au pire, perdus leur emploi, au mieux subit une baisse significative de leur volume de travail habituel, donc de leurs revenus. Les revenus réels familiaux ont considérablement baissés et nombreux sont les parents qui ne peuvent plus financer les activités extra-scolaires de leurs enfants. Un choix s’opère donc en fonction des priorités et des tarifs. Dans ce contexte, le Bureau de l’Association a décidé à l’unanimité d’affecter une partie de la subvention attribuée par l’AEFE à un nouveau poste de dépenses destiné à compenser une réduction des frais de scolarité. Cette réduction est de l’ordre de 17% par rapport à 2010.

Les familles payent 125 E / trimestre pour les cours en groupe de 2h30 par semaine pour tous les niveaux excepté le niveau CE2 qui est un cours individuel, 150 E / trimestre. Pour les familles nombreuses, respectivement 110 E et 135 E. Nous avons déjà fait face a des situations de non possibilité de payer, l’association a pris en charge ses cas en trouvant des facilités de paiement.

 Quels sont vos espoirs ? Vos projets ?

Dans ce contexte économique, il est devenu quasi-impossible de solliciter entreprises et institutions. L’AFA doit donc faire preuve d’une créativité nouvelle pour trouver des financements alternatifs. Nous avons alors commencé à mettre en place des activités fédératrices, gratuites ou très bon marché, pour les francophones de la région afin de créer les bases d’une visibilité sociale de notre association. A l’avenir, l’association prévoit des événements francophones payants destinés au public grec tout comme aux francophones non adhérents : une pièce de théâtre, un cycle de projection cinéma, des concerts, pour limiter les frais incombant aux parents et assurer la pérennité de la structure éducative de l’AFA à long terme.

Par ailleurs, l’Association s’est fixé d’autres objectifs fondamentaux dont la réalisation est grandement facilitée par la mise en place du Programme FLAM :

  •          Participer activement à la vie de Patras en motivant sa communauté francophone sur la scène associative locale en mettant en place des échanges avec les membres d’autres associations qui partagent les mêmes objectifs.
  •          S’ouvrir aux coopérations avec les organismes et services compétents locaux et nationaux.
  •          Créer un lien fort avec les nouveaux arrivants en offrant des activités francophones fédératrices.

 Vous trouverez dans le site de l’AFA, http://www.afapatras.com la présentation en détails de l’éventail des activités offertes par l’association.

Nos propositions sur l’enseignement dans les établissements français à l’étranger

Quelle est l’importance du réseau français d’enseignement à l’étranger ?

La France a le réseau d’enseignement le plus développé dans le monde, présent dans 130 pays : lycée français, centres culturels, instituts français, alliance française, etc., qui participent tous au rayonnement de la France et au développement de la francophonie.
François Hollande, à Athènes en février 2013 :  « Mais la langue française, même si elle est en recul parfois dans certains pays, et moi je ne m’y résous pas, la langue française c’est, non pas la propriété de la France, c’est un patrimoine que nous partageons et un honneur que beaucoup de pays ou de locuteurs nous font, en parlant notre langue. Je veux saluer tous ces établissements, tous ces enseignants, tous ces personnels qui se dévouent pour que puisse être parlée notre langue, diffusée notre culture. »
La francophonie, le réseau d’excellence des lycées français, est-ce donc la priorité de François Hollande ? On en doute car dans le même temps, en 2013, on enregistre une baisse du budget de la culture (-4%) et du budget de l’AEFE (Agence pour l’Enseignement Français à l´Etranger) de 10 millions d’€.
Cet enseignement, même s’il s’agit d’un service public, a un coût qui s’élève rapidement. Il est en partie compensé par les frais de scolarité : mais ces frais ont augmenté de 23% en 4 ans, pour une moyenne de 4 000 €/an.*
Les établissements éducatifs français accueillent heureusement aussi des élèves étrangers. Mais ces frais d’inscription très élevés les transforment en établissements élitistes, encourageant la reproduction des élites locales.
De nombreux postes d’enseignants sont supprimés, des lycées ferment chaque année : trois cette année.

Quels sont les souhaits du Front de Gauche par rapport à cet enseignement

Le Front de Gauche souhaite :
– L’augmentation du budget de l’AEFE permettant le recrutement de plus de professeurs résidents pour de meilleures conditions d´éducation et  permettant ainsi la labellisation «lycée d’excellence»;
– Diminuer la précarisation des personnels (600 enseignants titulaires recrutés comme contrats locaux, ou contrat à durée courte de type MICEL);
– L’augmentation du nombre de bourses sur critères sociaux et le paiement de l’intégralité des frais de scolarité par les familles les plus riches;
– La mise en place d’une politique d’accueil élargie pour les élèves étrangers, sans discrimination, y compris sociale en créant des bourses réservées à des enfants non-Français de condition modeste;
– Relancer les programmes FLAM (français langue d’apprentissage maternelle) pour les enfants vivant loin des grands centres, non scolarisés en lycées français;
– Développer les options internationales du baccalauréat, des classes bilingues, développer  l’enseignement professionnel et technique;
– Développer l’enseignement du français dans les établissements des pays d’accueil;

Que pensez-vous de la politique culturelle universitaire et universaliste?

L’action culturelle extérieure de la France est sinistrée par cinq années de réductions budgétaires, de fermetures de Centres culturels français et de sites de l’Alliance française.
Le Front de Gauche souhaite :
– L’augmentation des budgets de la coopération culturelle et scientifique;
– La création d’antennes culturelles francophones;
– Améliorer les relations universitaires, les reconnaissances de diplômes et développer les formations bi-diplômantes, qui facilitent la mobilité des enfants binationaux;
– Le renforcement des coopérations bilatérales scientifiques, qui sont la base de futures coopérations multi-latérales, en particulier dans les domaines scientifiques et technologiques;
– Le renforcement du réseau des services scientifiques en Ambassade.

*Voir l’article du Monde sur le sujet : les frais de scolarité à l’étranger ont augmenté de 23% en quatre ans.