Rencontres à Istanbul

Les Français vivant en Turquie connaissent des situations  très différentes :Les nombreux étudiants en Erasmus de passage n’ont pas de problème réel si ce n’est le fort retard de payement de leur bourse de stage. Ils sont souvent très satisfaits d’appréhender ce grand pays.

Les résidents  qui restent quelques temps n’ont pas trop de problèmes pour trouver de petits boulots, étant donné le dynamisme du pays, mais ils n’ont souvent pas de sécurité sociale. Ceux qui ont des enfants sont confrontés à des frais de scolarité pouvant être très élevés (jusqu’à 7 000 €) : les bourses sont mal réparties et souvent ridicules pour les familles de faibles revenus.

Des  résidents sont confrontés à une précarisation de plus en plus grande : la grève des enseignants MICEL en est bien la preuve*.

Les bi-nationaux doivent tenir compte des problèmes au niveau de la liberté d’expression :
Des centaines d’étudiants et de journalistes sont emprisonnés.**

La Turquie s’est enrichie au cours de ces dernières années : sa croissance était proche de 10% jusqu’en 2011. Mais elle n’a pas jugé utile d’investir dans des services de qualité au niveau de la scolarité, de la santé… : l’illettrisme est toujours présent, il faut –si on le peut- avoir recours au privé pour se faire soigner, pour suivre des cours préparant à l’entrée à l’université.L’écologie n’est pas non plus une priorité ! Nous émettons de grandes réserves à propos du contrat nucléaire que viennent de signer Areva et son homologue japonais Mitsubishi avec le gouvernement de Turquie, pour construire une nouvelle centrale nucléaire au niveau de la faille nord-anatolienne, faille sismique très active.

*Voir les articles Non à la précarisation des personnels des missions françaises de coopération à l’étranger et Grève dans les lycées turcs francophones.
**Voir les articles de Médiapart Turquie, une prison à ciel ouvert pour les journalistes et de Libération Une française arrêtée pour terrorisme.

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Michèle Parravicini, Front de gauche : “La loi du mariage pour tous… un pas en avant pour dix en arrière !”

Les 26 mai et 9 juin prochains, les électeurs de la 8ème circonscription des Français de l’étranger (dont Turquie) seront appelés à choisir leur député à l’Assemblée nationale. Lepetitjournal.com d’Istanbul vous propose de faire connaissance chaque jour avec un candidat. Ce jeudi, Michèle Parravicini, candidate du Front de gauche.

Lepetitjournal d’Istanbul : En quoi pensez-vous être légitime pour représenter les Français de l’étranger, et plus particulièrement ceux de la 8ème circonscription ?

Michèle Parravicini : Je connais bien le monde méditerranéen. Actuellement, je vis à Athènes. J’ai aussi vécu en Italie, le père de mon fils est italien et je mesure bien quels sont les enjeux de la binationalité. J’ai travaillé quelques mois comme bénévole en Turquie. J’ai aussi passé cinq ans en Algérie et en Tunisie. Le monde de l’expatriation, de la vie hors de France m’est donc familier. Mon suppléant, Guillaume Mariel, libraire passionné de toutes les cultures méditerranéennes, vit en Italie. Travaillant actuellement en Grèce, au cœur de la tourmente, je suis pleinement au fait des réalités sociales, des enjeux économiques et écologiques, ainsi que des bouleversements en cours qui secouent le monde méditerranéen. Je m’engage pour défendre les Français de l’étranger, en particulier ceux qui subissent la crise : baisse des salaires, des retraites, pour les précaires, les chômeurs… et pour tous les autres qui ont vu leur situation se dégrader et qui ne supportent plus de voir que la finance a pris le pas sur l’humain et la nature.

À ce jour, quel jugement général portez-vous sur le travail de l’actuelle législature ? Qu’en retenez-vous ?

C’est très décevant, du vote du traité de stabilité européen (TSCG) à la destruction du code du travail en France et l’inactivité quant à l’évasion fiscale, atteignant 80 milliards d’euro par an, alors que l’on a augmenté les taux intermédiaires de la TVA qui frappent les plus humbles… Décevant est même un adjectif trop faible ! C’est la politique de la droite qui, dans de nombreux domaines, est assumée par le gouvernement PS-EELV. Et ce n’est pas parce qu’elles changent de nom, la RGPP (révision générale des politiques publiques) devenant MAP – Modernisation de l’Action Publique – que cette politique d’apothicaires devient moins insupportable ! Nous savons à l’étranger ce que cela suppose, des suppressions de postes et d’antennes consulaires, des fermetures de lycées, des dotations de bourses et d’aides sociales mal réévaluées. La députée PS dont l’élection a été annulée a voté dans le sens de tous ces reniements malgré les promesses. Enfin il y a la loi du “mariage pour tous”, pour laquelle nos députés et sénateurs se sont battus, avec ceux de la majorité présidentielle et dont nous sommes très fiers, bien que cette loi n’aille pas aussi loin que nous l’espérions. Un pas en avant et dix en arrière ne font pas un jugement positif ! Ce n’est pas un hasard si en ce moment le débat porte sur de possibles changements au gouvernement, c’est un changement de politique qu’il nous faut, en abandonnant totalement le cycle infernal de l’austérité imposée par l’Europe qui produit de la récession et donc de la dette. C’est le sens de ma candidature, renforcer le Front de gauche pour envoyer un message clair au président de la République et au gouvernement pour imposer un changement de cap radical. Et ce message est d’autant plus fort qu’il viendra d’une des parties du monde la plus touchée par l’idéologie de la finance.

Si vous êtes élue, quels sont les dossiers que vous comptez porter ou faire avancer en priorité ?

Je m’opposerai à toute loi qui oublie que le critère humain et écologique doit primer. Je défendrai les alternatives aux politiques d’austérité, de plus en plus de voix s’élevant à l’Assemblée pour crier que l‘austérité est une erreur, une impasse. Je m’engagerai dans une vraie campagne de sensibilisation sur ce que sont les Français de l’étranger, si méconnus. Je combattrai suite à la mise en place des RGPP, la précarisation qui touche les personnels des institutions ou programmes français à l’étranger (contrats locaux et même les enseignants détachés comme les MICEL) et qui contribue à l’érosion de l’image de notre pays à l’étranger. Il faut mieux représenter les Français de l’étranger en France et l’actuel projet de loi sur les élections consulaires ne va pas dans ce sens. Les fonctions attribuées aux futurs représentants sont trop limitées et restent consultatives. Il faut de vraies assemblées consulaires qui représentent toute la diversité de nos situations. Enfin, il y a une majorité de consensus possible au Parlement pour travailler à la mise en place d’un grand plan de préservation de la Méditerranée, depuis la France et à échelle internationale, auquel je compte œuvrer, qui démontre que les volets social et écologique sont liés. Jean-Luc Mélenchon, qui me soutient, rappelle que les espaces maritimes sont un axe central pour le Front de gauche. Je m’étonne qu’un grand homme comme Daniel Cohn-Bendit parle de l’extraction pétrogazière comme solution pour Chypre. La solution c’est d’abord d’inverser la logique financière.

Lors des dernières législatives, on a reproché aux candidats de la 8ème circonscription de donner plus d’importance aux Français d’Israël qu’à ceux des autres pays. Que souhaitez-vous dire aux Français de Turquie qui les concerne en particulier ?

Je n’aime pas ces polémiques, il faut respecter la diversité des situations et surtout lui permettre de s’exprimer dans des formes de représentations plus ouvertes que ce que l’on nous propose aujourd’hui. Cela fait sens d’être tous ensemble dans la même circonscription, autour de problèmes proches si on les analyse avec distance. C’est d’abord autour de ce que peut proposer la France à ceux qui vivent loin que nous devons travailler et rattraper le temps perdu, sans faire de distinctions. Les concitoyens de Turquie doivent être entendus comme les autres, eux qui sont préoccupés par la difficulté d’accéder à l’Union européenne, les difficultés sociales et le développement des centrales nucléaires dans une région sismique.

Selon vous, quels doivent être les champs prioritaires des relations entre la France et la Turquie, passablement malmenées ces dernières années ?

L’entrée de la Turquie dans l’Union européenne : nous y sommes favorables. C’est une attente forte du peuple turc, partagée par les Français qui vivent dans ce pays. C’est à partir de ce nouveau contrat de confiance que les dossiers avanceront, comme celui de la question kurde ou de la paix au Proche Orient.

L’abstention aux dernières législatives a été particulièrement élevée, notamment dans les circonscriptions des Français de l’étranger. A votre avis, pourquoi ?

De nombreuses raisons pour expliquer cette forte abstention… Les Français de l’étranger votaient, pour la première fois pour élire un député. Le rôle de ce député était, pour certains, flou.L’étendue de nos circonscriptions rend difficile les déplacements et ne favorise pas la connaissance des candidats. Le décalage de dates entre législatives à l’étranger et en France a pu perturber certains électeurs. Le vote par internet a été très avancé par rapport au scrutin à l’urne et a été soupçonné d’être peu fiable. La crise morale de la vie publique en France est aussi un facteur d’abstention. C’est pour cela que nous appelons à une 6ème République. Pour cette nouvelle législative, nous espérons une plus forte participation et un vote important de protestation contre la politique menée actuellement par le gouvernement PS-EELV… Nous sommes, dans ces élections, les seuls candidats qui proposent une vraie alternative politique à gauche. L’abstention fait le nid de l’extrême-droite qui menace en France et dans beaucoup de pays.

Ces élections ont lieu parce que le Conseil constitutionnel a invalidé l’élection de Daphna Poznanski en raison d’anomalies dans ses comptes de campagne. Que pensez-vous des règles sur le financement des campagnes législatives – en particulier de leur application aux candidats des Français de l’étranger ?

Le code électoral prévoit qu’un candidat ne peut engager des dépenses qu’à travers le mandataire qu’il s’est choisi et qui dispose d’un compte en France. La loi d’avril 2011 a tenté d’adapter ces règles à la spécificité des législatives de l’étranger en ouvrant la possibilité de désigner des représentants du mandataire dans tous les pays de la circonscription, mais n’a pas permis d’ouvrir des comptes hors de France. Ce n’est pas toujours facile !

Comment vous organisez-vous pour respecter ces règles ?

Je me réfère au Memento du candidat publié par les Ministère des Affaires étrangères et de l’intérieur et je respecte les conseils donnés : j’ai un mandataire financier à Paris. Nous n’avons eu aucun problème en 2012. J’ai justement pour ma part signé la charte Anticor.

Suite à la polémique provoquée par “l’affaire Cahuzac”, seriez-vous prête à déclarer votre patrimoine si vous êtes élue ?

Oui. Je suis fonctionnaire et tout ce que j’ai acheté provient de ce salaire. Il était temps que cette mesure soit mise en place. Quand François Hollande parlait d’exemplarité, on en est bien loin. Moi, je n’ai rien à cacher.

Propos recueillis par Anne Andlauer (http://lepetitjournal.com/istanbul.htmljeudi 16 mai 2013.
L’article complet se trouve ici.