Portraits croisés

Un(e) candidat(e) du Front de Gauche se doit de connaitre le terrain sur lequel il (elle) se présente.

Avec Medhi, samedi 16 mars 2013, Michèle Parravicini et moi nous sommes promenés dans un quartier populaire et tranquille d’Athènes. Nous avons rencontré, chez eux, des migrants : syriens, lybiens,  benghladis et autres éthiopiens. Beaucoup d’hommes mais aussi quelques femmes et enfants.

Studio ou petit T2, extrêmement insalubres, souvent sans électricité, dans lesquels vivent cinq, six personnes ou plus. Miséreux mais propre, ces habitations ne sont pas sans rappeler les images des lieux de vie des années 50 en France. La misère dénoncée par l’Abbé Pierre.

Après cette visite chaleureuse mais néanmoins difficile, nous sommes allés nous installer dans un café situé sur une de ces agréables places, dont Athènes a le secret.

La serveuse, Anna ( Άννα), parlant très bien le français nous avons décidé de l’interviewer.

Nous avons croisé cette interview avec celle de Medhi.

(Pour des raisons de sécurité les prénoms ont été changés).

La parole au Peuple

Michèle : Bonjour Anna, Bonjour Medhi.
Anna : Bonjour
Medhi : Bonjour
Michèle : Pouvez-vous vous présenter ?
Anna : Mon père est grec, ma mère française, j’ai donc la double nationalité. Mes  parents son divorcés. J’ai 25 ans.
Medhi : Je suis tunisien, divorcé j’ai deux enfants. Je suis un migrant.
Michèle : Vous habitez Athènes ?
Anna : Non, j’habite dans une île chez ma grand-mère avec mon père.  Mais pour travailler, il faut que je réside ici, alors je squatte pour l’instant chez des copains. J’ai très peur de prendre un loyer car mon travail est très instable.
Pourtant, j’ai de la chance. J’ai trouvé cette place depuis deux semaines où je suis un peu mieux payée que chez mon patron précédent. Et la clientèle est globalement agréable.
Il m’est arrivé une fois de travailler six mois sans être payée. Ici, le patron me paye tous les 15 jours. Mais, c’est difficile. Je gagne 3 euros de l’heure sans être déclarée. Donc, sans couverture sociale. Je travaille 8 heures par jour. Mon père est au chômage et vit sur la pension de sa mère qui est passée de 800 à 480 euros par mois. Quand je peux je leur envoie un peu d’argent.
Medhi : Je suis ici depuis deux ans et demi. J’habite où je peux : les squares, un lit dans un appart de migrants quand je trouve des travaux payés à 10 ou 12 euros la journée de 10 ou 12 heures ou quand ma famille qui, vit en France, m’envoie un peu d’argent. En ce moment, j’ai de la chance, je fais du couchsurfing. Je me repose avant de reprendre la galère.

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Michèle : Vous allez en France ?
Anna : En France ? Mais comment avec le salaire que j’ai pourrais-je me payer un billet d’avion ? Il y a quatre ans que je n’ai pas vu ma mère qui vit à Lyon. J’ai envisagé la solution de l’immigration. Mais, le chômage augmente aussi en France. Et, me retrouver migrante comme Medhi dans mon propre pays ? Avec des commentaires sur les Grecs qui ne payent pas d’impôts, qui vivent aux crochets de l’Europe etc., cela ne me tente pas.
Medhi : Moi, j’espère pouvoir y aller.
Michèle : Comment sont les Grecs ?
Anna : Depuis le début de la crise en 2008-2009 ils ont bien changé. Et pas en bien. Ils sont de plus en plus fermés sur eux même. Ici, mon patron est albanais, il est correct. Avec les Grecs c’est pas très net. Ils sont toujours dans une relation ambiguë avec les serveuses. Et, sachant le marché de l’emploi très tendu, ils en profitent. Ils nous prennent pour des esclaves.
Medhi : J’ai croisé des Grecs très sympas. Mais je sais aussi les difficultés que traverse la Grèce.
Michèle : A propos de difficultés, vous intéressez vous à la politique ?
Anna : Je travaille depuis l’âge de 16 ans. Donc, je m’intéresse au syndicalisme et à la politique. Je suis proche du Syriza. Mais je milite peu car j’ai des préoccupations plus immédiates et vitales.
Medhi : Mon père était secrétaire Général de la Fédération Nationale du Transport au sein de l’UGTT (1) important syndicat tunisien. Il a été limogé quelques mois avant le coup d’état de Ben Ali.
J’ai fait des études agronomiques et je me suis toujours intéressé à l’écologie et la politique. Ici, c’est plus difficile. Je participe quelquefois à des manifs anti-fascistes, je colle des affiches et je distribue des tracts. Je sais que je n’ai pas le droit.  Si la police m’arrête elle sera plus violente avec moi qu’avec les Grecs. Et avec les Grecs de gauche, les flics sont déjà très violents. Donc je prends du recul maintenant. Si certains immigrés sont nombreux et organisés comme les Pakistanais, il y a très peu d’arabes et de maghrébins qui sont eux, francophones. Moi aussi, comme Anna et tous les migrants, j’ai la tête prise par les questions immédiates, concrètes et vitales : où je dors ce soir ? Comment je mange ? Comment trouver du travail ?
Je sors le moins possible car j’ai toujours cette peur et cette angoisse de la police et de « aube dorée ».
Anna : Moi, je trouve surprenante la participation des migrants à certaines actions. La majorité ne parle pas le grec. La politique grecque est très compliquée et je crois qu’on peut leur faire croire un peu n’importe quoi.
Medhi : Oui, c’est vrai. Je suis étonné de trouver à la porte de certains magasins transformés en Mosquées, des journaux écrit en arabe prônant un soutien au gouvernement qui prétend vouloir construire une vrai Mosquée. Je ne sais pas si beaucoup de Musulmans croient à cette promesse.
Anna : Ce qui me semble inquiétant, c’est la montée du parti chrisi avgi (aube dorée). Et aussi la lassitude des vieux Grecs. Même à Exarheia, le quartier libertaire, il commence à y avoir des problèmes. Beaucoup de gaz lacrymogène, des interventions continues de la police… font que les habitants changent.
Ici, en Grèce, beaucoup d’armes circulent. Pas comme en France chez les voyous ou les terroristes islamistes, mais chez les Grecs.
Michèle : Et tu as des relations avec la communauté Française ?
Anna : Je connais l’institut français. Mais, je n’y vais jamais. D’ailleurs, je n’ai même pas de carte d’identité française. Il faut la faire mais c’est toujours compliqué. Que fait la France pour moi ?  Dois-je me sentir coupable d’une belle histoire d’amour entre un Grec et une Française ?
Vous êtes les premiers français à qui je parle depuis très, très, longtemps.
Michèle : Et vous voyez votre avenir comment ?
Anna : L’avenir ? Comme tous les jeunes qui vivent en Grèce, je n’ai pas de projet. Je vis au jour le jour. J’ai des rêves. Je n’ai pas fait d’études mais j’aimerai un jour aller dans une école des Beaux-Arts. Il paraît que j’ai des aptitudes.
Medhi : Inchallah !!

Rapporté et mis en forme par Georges. 

Brève

Comme citoyen français et européen, comme migrant, fut-il privilégié, comme soutien actif de la candidate du FG Michèle Parravicini, le 26 mars 2013 à 19 heures, j’ai accompagné Medhi, nous nous sommes rendus à la « Mosquée » de quartier pour rendre un dernier hommage aux six personnes – dont 3 enfants et une jeune femme enceinte de 17 ans-  parmi les onze Syriens décédés, noyés dans la mer Egée, le 6 mars 2013,  suite au naufrage du zodiac affrété par un passeur. Ils tentaient de revenir en Grèce.

Six corps qui étaient entassés dans une estafette. Apres la cérémonie, la camionnette est partie pour un dernier voyage de 8 heures, Athènes ne possédant pas de cimetière Musulmans.

Qui a parlé de politique génocidaire ?

(1) note du rédacteur : Sous Ben Ali, la direction de l’UGTT s’est compromise avec le régime de l’ancien dictateur, qu’elle soutenait. (source wikipédia)

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