Appel de SYRIZA POUR LES ELECTIONS EUROPEENNES

Le 25 mai nous nous opposons à l’Europe réactionnaire.
Le 25 mai nous résistons aux politiques d’austérité et de destruction des politiques sociales.
Le 25 mai nous mettons les bases d’une autre Europe : sociale, solidaire, au service des travailleurs.


 
En Europe, depuis plusieurs années, les dirigeants ont décidé de sauver les banques au détriment des peuples européens. Sous l’autorité de l’Allemagne, ils se sont servi de la crise, créée par les banques et les marchés financiers, pour imposer la restructuration néolibérale des sociétés européennes : les Mémorandums de « dévaluation interne » et les règles de gouvernance économique qui leurs sont associées ont institutionnalisé des politiques austéritaires et affaibli la démocratie.
L’Europe d’aujourd’hui se construit sur la base du consensus néolibéral entre les chrétiens-démocrates, les sociaux-démocrates et les libéraux. Le directoire de Bruxelles et de Francfort, fidèle à la politique d’austérité, distribue les richesses et les pouvoirs à une minorité, tandis que le plus grand nombre souffre sous le poids du chômage, de la pauvreté, du travail précaire, de la dissolution de l’Etat social, du rétrécissement – jusqu’à disparition – de leurs droits sociaux. Les inégalités s’élargissent constamment non seulement entre les Etats membres mais aussi entre les citoyens de chaque Etat. Les idées de la civilisation européenne, des lumières, du progrès, de la tolérance sont marginalisés, laissant le champ libre à la régression, aux nationalismes et au racisme. Nous assistons à l’étranglement de la démocratie au sein d’une Europe forteresse et guerrière qui n’hésite pas à soutenir même des politiciens néonazis comme en Ukraine.
Cette Europe-là nous ne la reconnaissons pas. Nous n’en voulons pas !
Peuples européens, luttons tous ensemble pour sa refondation ! Revendiquons une Europe de justice sociale, de solidarité, de dignité des travailleurs, de démocratie, d’écologie, de paix. 
–   Luttons pour le renversement des principes néolibéraux actuels de l’euro.
–  Luttons pour l’établissement d’une  Charte des droits fondamentaux qui imposera à tout état membre le respect des droits fondamentaux de ses citoyens.
–   Luttons contre l’Europe forteresse.
Le changement que nous revendiquons est réaliste et possible.
L’alternative n’est pas une utopie. C’est le réalisme qui impose une sortie viable de la crise décidée dans le cadre d’une Conférence européenne de la dette. Solidarité et justice sociale sont les principes qui doivent guider toute décision. L’Europe qui trace la voie du socialisme du XXIe siècle. Telle est notre vision.
EN GRECE, EN FRANCE ET DANS TOUTE L’EUROPE
Les travailleurs Grecs vivent l’attaque la plus virulente du gouvernement du capital et de la Troïka contre le monde du travail. Le cycle de mesures anti-ouvrières impopulaires continue. Une nouvelle série de lois qui dévastent nos vies a été adoptée. Elles augmenteront encore plus le chômage avec le licenciement de milliers de fonctionnaires, l’abandon de biens publics sociaux, de l’éducation, de la santé  des affaires sociales à des entrepreneurs privés, tout en continuant de voler et de piller les faibles revenus des familles pauvres par la hausse de l’imposition.
En Grèce, les élections européennes sont un référendumPour ou contre les mémorandums? Pour ou contre la Troïka? Pour ou contre l’inhumaine austérité? C’est le pas décisif vers le renversement politique qui seul permettra notre survie nationale et sociale.
En France, faisons les élections européennes un barrage à la poursuite européenne des politiques austéritaires, antisociales et inefficaces. Envoyons un message fort à ce président « socialiste » qui pratique le néolibéralisme.
Elu pour arrêter les politiques de Sarkozy, François Holland s’est rendu complice des fermetures d’usines, des licenciements et de la poursuite de l’augmentation du chômage. Fidèle à la même orientation néolibérale, antisociale et xénophobe, le nouveau gouvernement Valls appliquera avec plus de férocité l’austérité, la politique qui sert les intérêts de la classe dominante. Les gouvernements « socialistes » procèdent à des coupes budgétaires de 50 milliards d’euros pour la période 2015 – 2017, tout en accumulant les cadeaux fiscaux au patronat. Le pacte de responsabilité – véritable cadeaux au Medef de 35 milliards à travers les exonérations de cotisations sociales patronales pour les entreprises, sans contrepartie – est un pas supplémentaire vers le désastre néolibéral. Quant au pacte de solidarité, qui prévoit des baisses de cotisations sociales pour les salariés, il ne répond pas aux besoins impératifs de restauration du pouvoir d’achat des salariés et d’augmentation de leurs salaires.
Le vrai problème, c’est le coût du capital. Ils nous imposent l’austérité tandis que les actionnaires augmentent leurs profits : les entreprises françaises distribuent aujourd’hui 7 fois plus de dividendes qu’il y a 20 ans !
AVEC LE PEUPLE GREC EN TÊTE DE LA LUTTE, NOUS VOTONS AUSSI POUR UNE AUTRE EUROPE
Le regard de l’Europe est encore une fois tourné vers la Grèce et aussi vers SYRIZA. Car notre pays est utilisé actuellement comme « cobaye » pour expérimenter les seuils de tolérance d’un peuple avant d’appliquer ce modèle catastrophique de dégradation des conditions de vie à l’Europe entière. C’est pour cela aussi que le parti SYRIZA est devenu un symbole. Nous sommes porteurs de l’espoir et symbole d’une lutte qui dépasse nos frontières.
C’est pour cela que la Gauche européenne a élu comme candidat à la présidence de la Commission, le président de SYRIZA, Alexis Tsipras. Sa candidature est avant tout la preuve de la reconnaissance de l’importance de la victoire de SYRIZA non seulement pour la Grèce mais pour toute l’Europe. La victoire de SYRIZA agira comme un catalyseur pour la suite des événements politiques, en déclenchant les ruptures nécessaires avec le passé, en établissant de nouveaux rapports de force politiques en Europe.
Le 25 mai, ouvrons la voie à notre propre Europe. Avec SYRIZA en Grèce, avec le Front de Gauche en France, avec les partis de la Gauche Européenne partout en Europe :
-Nous luttons pour le respect de notre dignité dans le cadre du travail, pour l’égalité et la solidarité entre les peuples, pour le progrès de la culture et de la créativité, pour une croissance et un redressement productif qui s’appuient sur les ressources potentielles de chaque région et non sur la dévalorisation des salariés.
-Les laisserons-nous continuer leur politique qui détruit le pays et ses hommes ou clamerons-nous «maintenant ça suffit» ?
Nous pouvons et nous devons vaincre.
Peuples d’Europe, unissez-vous! Pour regagner notre dignité ! Pour la Démocratie !

Pourquoi la gauche? Pourquoi maintenant?

OLYMPUS DIGITAL CAMERAUn fantôme plane sur l’Europe : La peur de la répétition de l’expérience « réussie » grecque sur d’autres peuples européens et l’imposition de la crise économique et humanitaire sous prétexte de sauver les marchés et l’économie.

Les Grecs souffrent depuis plus de quatre ans d’une crise qu’ils n’ont pas créée et dont ils ne sont pas responsables. Ils subissent une austérité totalement inhumaine. La Troïka bruxelloise gouvernée par les salons du Nord riche, l’Allemagne hégémonique de Merkel aidée des lobbies des banquiers et des grands entrepreneurs ont imposé de lourdes mesures aux Grecs en les transformant en citoyens de deuxième catégorie.

Ce sont ces technocrates qui conduisent la CEE à toute vitesse sur le rocher de la Crise.

Ce sont eux-mêmes qui éloignent l’Europe en la dirigeant loin des idées d’humanisme, d’égalité et de justice sociale.

Aujourd’hui, il est impératif que le peuple européen accueille avec enthousiasme la vision de la gauche européenne et la candidature du président de Syriza, Alexis Tsipras, pour la présidence de la commission européenne.

Parce que je pense que c’est la gauche la seule force capable de renverser le plan du directoire Bruxelles/Francfort qui, fidèle au merkelisme, redistribue revenus et pouvoirs à une minorité et la peur à la majorité.

Le front néo-libéral des « démocrates », des sociaux démocrates et de la droite libérale s’efforcent de démonter les droits des peuples européens qui ont durement lutté pour les acquérir. Ils imposent de lourdes politiques d’austérité avec comme arme la répression et la peur.

Dans cet univers, poussent aussi d’autres fleurs du mal : discrimination raciale, xénophobie, montée de l’extrême droite, résurgence des partis fascistes et nazis.

On ne veut pas de cette Europe !

La gauche européenne, ensemble avec les peuples de l’Union, se battent pour reconstruire une Europe où va régner la justice sociale, la solidarité, le travail pour tous, l’équilibre écologique et la paix.

Nous, la gauche européenne, nous revendiquons une nouvelle architecture de l’Euro, nous faisons pression pour une nouvelle charte de droits qui obligerait tous les états-membres à respecter les droits fondamentaux des citoyens.

Le 25 mai, le peuple grec votera trois fois : pour les élections municipales, les départementales et les européennes. En votant Syriza-Gauche européenne, il aura l’opportunité d’inverser la situation, de faire table rase du passé, d’éliminer l’entrecroisement des banques et du pouvoir politique, de reconstruire la démocratie et de redistribuer les revenus et la richesse.

Le 25 mai, les citoyens français  résidant en Grèce voteront deux fois : pour les élections européennes et pour les élections consulaires. En votant massivement pour le front de gauche et pour la liste Tsipras pour la présidence de la commission, nous revendiquons la dignité et la justice. Nous nous battons pour la liberté et l’égalité des peuples, pour une Europe vraiment socialiste.

Il faut aujourd’hui chasser la peur qui plane sur l’Europe.

 Ilias Kyriakidis

Candidat sur la liste Front de Gauche pour les élections consulaires

La Grèce n’est pas un pays «normal»

Chercheur, professeur en philosophie politique au King’s College de Londres et membre du Comité central de Syriza, Stathis Kouvelakis était un des invités de Mediapart et Reporters sans frontières, mardi 18 juin au Théâtre du Châtelet, lors de la soirée de soutien à la Grèce faisant suite à la fermeture brutale de l’audiovisuel public, ERT. Voici le texte de son intervention.


Si un doute subsistait encore à ce sujet, il est désormais levé : la Grèce n’est pas un pays « normal ». Dans un pays « normal », de nos jours, en Europe, ce genre de choses n’arrive pas, seulement dans des dictatures ou dans des pays sous occupation. Seulement voilà, sans être sous le joug des militaires, ou d’une armée étrangère, la Grèce a cessé d’être un pays « normal ». Depuis maintenant trois ans, elle a, en effet, pris congé de ce qui, ici ou ailleurs dans notre continent, est considéré comme relevant de la « normalité ».

Car il ne saurait bien entendu y avoir de « normalité », de vie en commun tolérable, dans un pays dévasté, où la récession et le chômage atteignent des niveaux inconnus depuis les années 1930. Dans un pays où la discussion ordinaire des lycéens est la destination vers laquelle elles ou ils comptent émigrer.

Il ne saurait y avoir de « normalité » avec des écoles, des universités, des hôpitaux qui partent à la dérive, quand la population est confrontée à ce qu’on peut qualifier de désastre humanitaire.

Il ne saurait y avoir de « normalité » quand, comme nous l’enseigne l’expérience historique, le désespoir et la colère impuissante d’une société paupérisée et humiliée se tournent contre les groupes les plus fragiles, dont la vie devient un enfer et qui replongent dans une horreur que, là aussi, on croyait oubliée dans nos pays depuis les années 1930.

Mais ce qu’il faut avant tout souligner maintenant, ce que les écrans noirs et les silences des fréquences radio nous imposent de dire avec la plus grande force, c’est que cette descente aux enfers n’a pu se faire qu’au prix et à la condition d’un déni grandissant de démocratie. Ce que la Grèce vit depuis sa mise sous tutelle par la Troïka de ses bailleurs de fond, c’est-à-dire le FMI et, surtout, l’Union Européenne, c’est un état d’exception permanent.

Car comment qualifier autrement un état où toute notion de souveraineté nationale et populaire est bafouée, où les décisions clé sont prises par décret, où les institutions représentatives ne sont qu’une façade de parlementarisme ? L’exception est ainsi devenue la règle lorsque les gouvernements en place se sont transformés en exécutants des instructions de ces fameux Mémorandums, monstrueux pavés de milliers de pages, qui règlent jusqu’au moindre poste de dépense de la moindre ligne budgétaire. Ces Mémorandums qui organisent le dépeçage du pays, la privatisation de son patrimoine, la liquidation de ses services publics et de ses institutions scientifiques et culturelles. Car même si la méthode porte la marque de M. Samaras et de son parti, la décision de fusionner et de restructurer drastiquement l’audiovisuel public, et de licencier des milliers de salariés du secteur public, faisait bien partie des engagements contractés par le gouvernement actuel vis-à-vis de la Troïka.

Cette décision a choqué et déclenché un tollé à l’échelle internationale, dont témoigne, entre autres manifestations du même type, notre rassemblement de ce soir. Il y a sans doute une part de démesure, d’hubris auraient dit les Anciens, dans la décision de Samaras et dans sa méthode. Mais, pour celles et ceux qui suivent les événements de ces derniers mois en Grèce, cette fuite en avant autoritaire ne tombe pas du ciel. Dans son excès même, elle s’inscrit dans une escalade ininterrompue dans la politique de la poigne de fer. Car avant de s’en prendre à l’audiovisuel public, ce gouvernement a brisé quatre mouvements de grève par simple décret de réquisition des grévistes, les derniers en date étant les enseignants.

Ce même gouvernement a réprimé avec sauvagerie des dizaines de mouvements de protestation, évacué manu militari des espaces autogérés, torturé des manifestants antifascistes. Il a couvert les exactions des bandes néonazies et légitimé leur discours en poursuivant la chasse aux migrants et aux travailleurs étrangers entamée par ses prédécesseurs.

C’est tout cela, qui s’est fait à bas bruit – médiatique s’entend –  qui a préparé le terrain au coup de force actuel et qui en explique la logique profonde et le déroulement concret.

Quant à la conclusion qui en découle, elle me semble limpide : la doctrine néolibérale de choc appliquée depuis trois ans à la Grèce sous les auspices et le contrôle tatillon de l’Union Européenne est incompatible avec la démocratie. Ce qui veut dire aussi, qu’on ne saurait – je dirai même qu’on n’a pas le droit de – s’émouvoir des écrans noirs de la télé publique si on se tait devant la violence des diktats de la Troïka et de la destruction parfaitement prévisible qu’ils infligent à ce pays, comme au reste de l’Europe du sud.

Un ami, qui a vécu cette période, me disait il y a deux jours : tu sais, ce qui se passe devant le bâtiment de l’ERT, ces gens rassemblés, ce fourmillement de débats et d’actions, ça rappelle l’occupation de l’école Polytechnique d’Athènes par les étudiants, en 1973, et sa radio libre qui brisait la chape de plomb de la dictature et qui annonçait sa fin prochaine. Aujourd’hui comme alors, grâce au soulèvement populaire, c’est l’espoir d’une fin prochaine de l’oppression qui surgit. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, devant les bâtiments occupés des télés et des radios aussi bien que sur les ondes et dans les images télévisuelles d’un type totalement inédit, c’est un esprit de résistance et de liberté qui souffle actuellement en Grèce et qui finira par l’emporter. Retrouvons-nous donc bientôt, cher-e-s ami-e-s, en ce lieu ou ailleurs, pour soutenir une Grèce libérée et démocratique !

« Nous, Grecs de Paris », par Nikos Graikos

drapeau-franco-grec-1024x576« Nous Grecs de Paris qui voyons la politique menée par le Président de la République Française et le gouvernement actuels conduire la France vers des chemins similaires à ceux empruntés par la Troïka et le gouvernement en Grèce, nous soutenons la candidature de Michèle Parravicini.
Car notre combat, en Grèce et en France, est commun. Aucun pays , aucun peuple ne peut s’en sortir seul. »
Nikos Graikos, membre du CA de la Communauté Hellénique de Paris.

A Roma. Ecosocialismo : un manifesto per il Mare Nostrum

Les petits poissons rougesManifesto RomaJ’étais ce début de semaine à Rome, à moins de deux semaines du scrutin des législatives partielles, pour soutenir nos candidats du Front de Gauche aux élections législatives partielles. J’espère avoir le temps d’y revenir plus longuement ici, tant c’était riche et tant cette ville et les rencontres avec la Constituante des biens communs au théâtre occupé Valle et le centre social autogéré SCUP, m’ont marquée… Mardi soir, en plus de mon camarades du PG candidat suppléant Guillaume Mariel, j’étais accompagnée de Roberto Musacchio, ex eurodéputé de Rifondazione et de l’écrivain Giuseppe di Marzo, tous deux enthousiasmés par leur lecture du Manifeste et volontaires pour participer à un réseau international écosocialiste.

… Un plaisir, d’autant que cette 8e circonscription, de la Grèce à l’Italie en passant par Israël, Chypre, Malte et la Turquie, est en première ligne. L’Europe du Sud est devenue un vrai laboratoire de l’austérité, de la confiscation de la souveraineté populaire et de la dépolitisation de la vie publique. Le gouvernement grec tente de remplir ses caisses avec tout ce qui peut se vendre, laissant des fonds qataris investir massivement dans ses mines d’or et ses banques, ouvrant le capital de ses ports à des investisseurs chinois, laissant brader jusqu’à ses îles, dont 6 viennent d’être vendues à l’émir du Qatar pour quelques millions d’euro. Quant à l’Italie, c’est un pays où l’on a vu un Premier ministre être directement nommé par la Commission européenne, un pays où les médias conditionnent la politique depuis plus de 20 ans, où un milliardaire a été élu chef de gouvernement alors qu’il possédait la totalité des chaînes nationales de télévision privée, un pays où selon l’OCDE les déchets augmentent plus vite que le PIB, et qui détient des records de pollution : parmi les 30 villes les plus polluées d’Europe, 15 se trouvent en Italie. Mais c’est aussi ici, en Italie, que le 13 juin 2011, les Italiens ont voté massivement pour refuser la privatisation de la gestion de l’eau. Dans chaque région, chaque province, chaque ville, des comités de citoyens se sont organisés pour récolter les 500.000 signatures nécessaires. En moins de 3 mois, ils ont recueilli 1,4 millions de signatures. Et 57 % des Italiens ont voté ! Ce n’était pas arrivé à un référendum depuis 1995, et 95% des votants se sont exprimés pour l’eau publique et contre les profits sur ce bien commun. Moi je vous le dis, il y a là des graines d’écosocialisme qui ne demandent qu’à fleurir…

Je suis allée à Rome témoigner auprès de nos amis italiens et des français installés là bas, de deux choses qui me paraissent essentielles. D’abord que nous sommes et serons toujours aux côtés de tous les peuples de la Méditerranée, dans leur combat pour une gestion démocratique des ressources face à une troïka (FMI, Banque mondiale, Commission européenne) qui décide et ordonne, face à des gouvernements qui leur sont aliénés, et acceptent de voir leurs peuples éreintés, et leurs écosystèmes saccagés. La Méditerranée, Mare Nostrum, ce formidable écosystème que nous avons en commun, est hélas bien mal en point : surpêche, résidus de médicaments, déchets de matières plastiques, polluants organiques… Selon un rapport de 2011, le « point de non-retour » n’est pas loin. Or l’eau de cette mer semi-fermée met un siècle à se renouveler, et les stations d’épuration sont à l’évidence en nombre insuffisant. Au nord de la Méditerranée, 89 % des villes de plus de 10.000 habitants ont un réseau d’épuration, au sud ce pourcentage n’est que de 56 %. Plus généralement, les politiques et les moyens divergent très largement entre les pays du pourtour méditerranéen et nécessitent une coopération internationale pour sauver cet écosystème qui est aussi un espace commun de développement économique et une communauté de destin humain. Voilà un domaine pratique d’application concrète d’une alternative écosocialiste qui permettrait tout à la fois de relancer l’activité maritime et portuaire, de développer les services publics d’assainissement et de nouvelles formes d’énergie renouvelables, tout en préservant notre environnement !

Car le deuxième message que je souhaitais délivrer c’est ça : aujourd’hui il existe une alternative. On nous répète à longueur de médias qu’il n’y a pas le choix, que la crise est là et que l’austérité la seule voie. A l’évidence, Margareth Thatcher est morte, mais le fameux « TINA » lui survit et c’est hélas le même refrain de Chypre à Madrid, de Lisbonne à Athènes, et chez tous les libéraux de droite comme de gauche. Suppression des postes de fonctionnaires en Angleterre, fin de l’aide aux chômeurs longue durée en Espagne, baisse du revenu minimum d’insertion au Portugal et report de l’âge de départ à la retraite partout… Chez nous en France, le chômage bat des records sur 21 mois consécutifs, et le gouvernement mené par le PS entérine le traité européen « Merkozy », offre 20 milliards de crédit d’impôt compétitivité aux entreprises sans contrepartie et maintenant annonce encore plus de privatisations chez EDF et GDF, en plein débat national sur la transition énergétique !

Il fait trois fois pire que Fillon et Sarkozy qui en deux plans d’austérité avaient fait 19 milliards de coupes, François Hollande lui en est déjà à 37 milliards de coupes dans le budget 2013, et un 2e plan dit de compétitivité va être appliqué à partir de 2014 qui doit porter à 60 milliards les coupes dans les dépenses publiques d’ici 2017. Jusqu’ici c’étaient les pays du Sud qui subissaient les assauts libéraux de la part du FMI, de l’OMC ou de la Banque Mondiale. Désormais plus personne n’y échappe. Les différents plans d’austérité, sous l’injonction de réduction des déficits publics, se conjuguent avec les attaques répétées de l’Union européenne contre les services publics, vus comme d’affreux monopoles en contradiction avec la sacro-sainte « concurrence libre et non faussée ». Résultat : ouverture à la concurrence et privatisation de services fondamentaux comme l’énergie, le rail ou encore la formation et la santé. Dégradation des conditions de travail, abandon des missions non rentables, hausse des tarifs et recherche du moins disant social et environnemental. Car si la directive Bolkestein a été repoussée, la directive Services, elle, est bien là ! Nos services publics sont peu à peu pervertis en services d’ « intérêt économique général » pouvant être confiés à des opérateurs privés. Or un opérateur privé, dans un système économique capitaliste, n’est pas là pour défendre l’intérêt général. Il est là pour faire des profits. Mais l’éducation, la santé, l’énergie ou l’eau ne sont pas des marchandises comme les autres !

Einstein disait : « On ne résout pas les problèmes avec les modes de pensée qui les ont engendrés ». Alors soyons radicaux, au sens d’aller à la racine des causes : crise sociale et urgence écologique ont toutes deux pour origine la recherche de profits qui prime sur le reste, une économie du « produire pour produire » qui en oublie les besoins humains. En trois mots, le capitalisme, le productivisme et la mondialisation financière. Nous avons fait beaucoup, à gauche, en matière d’analyse du système, je n’y reviendrai pas. Car certes, nous sommes anticapitalistes, antiproductivistes et altermondialistes. Nous avons, par nos prises de position et notre présence dans les luttes, prouvé notre détermination à ne pas courber l’échine et à être du côté de celles et ceux qui résistent. Mais rompre avec le système implique également de provoquer un élan populaire autour d’un nouveau projet mobilisateur fait d’espoir, de bien vivre et de jours heureux : l’écosocialisme.

Il est temps de proposer une nouvelle synthèse à gauche en tirant les leçons des échecs du passé et en intégrant les nouveaux défis du présent. Le socialisme a ignoré la dimension écologique de son projet d’émancipation et n’a pas vu que la finitude des ressources naturelles nous menait doit dans le mur. Et l’écologie de son côté a eu un peu trop tendance à oublier l’analyse économique du système et à regarder de loin les luttes sociales. Notre écosocialisme à nous se fonde sur l’écologie politique et le refus du capitalisme vert, le lien systématique entre luttes sociales et environnementales, c’est le mariage entre un socialisme débarrassé du productivisme et une écologie farouchement anticapitaliste. Et ce n’est pas un à-côté de nos politiques. Car il en va des conditions même de la vie humaine sur Terre. Dérèglement climatique, perte de biodiversité, pollution de l’air, de l’eau et des sols, épuisement des ressources naturelles… Nous ne devons jamais oublier que nous n’avons qu’une seule biosphère, qui ne connaît pas de frontières.

Alors par delà les frontières, notre Manifeste va être ou est déjà traduit en espagnol, grec, italien, anglais, allemand, portugais, polonais, arabe et japonais et nous allons bientôt pouvoir l’adresser à tous nos partis frères, partout dans le monde… Et après Rabat, Tunis et Rome, continuer à aller le présenter et débattre tout autour de la Mer Méditerranée 🙂

L’article complet sur le blog de Corinne Morel Darleux se trouve ici.